Lisa Raitt voit un potentiel dans le secteur automobile canadien, mais préconise une accélération de la mise en œuvre des projets

Lisa Raitt, coprésidente de la Coalition pour un avenir meilleur, s’entretient avec Mahmood Nanji, boursier de la Power Corporation du Canada d'Ivey, lors de l’atelier organisé par le Lawrence National Centre intitulé « Driving Forward : Canada’s Auto Strategy and EV Transition», au sujet de l’évolution du secteur automobile canadien. |  Crédit photo : Lawrence National Centre for Policy and Management

Il existe une avenue viable pour l’avenir du secteur automobile canadien malgré les défis actuels posés par les changements commerciaux et l’instabilité géopolitique, a déclaré Lisa Raitt, coprésidente de la Coalition pour un avenir meilleur, qui demeure optimiste quant à l’avenir de l’industrie.

Mme Raitt s’exprimait à l'occasion d’un atelier sur l’avenir de la stratégie automobile canadienne organisé par le Lawrence National Centre for Policy and Management de l’Ivey Business School, un organisme membre de la Coalition pour un avenir meilleur.

Mme Raitt, ancienne ministre des Ressources naturelles et actuelle vice-présidente au bureau du chef de la direction de la CIBC, a présenté une analyse nuancée des perspectives du secteur. Faisant référence au discours du premier ministre Mark Carney devant l’Economic Club of New York, elle a fait valoir qu’il assouplissait ses positions en affirmant que nous ne ferions pas cavalier seul par rapport aux États-Unis, mais que nous souhaitions collaborer avec eux dans des secteurs spécifiques, et qu’il avait « explicitement mentionné » l’automobile. « Je pense que les perspectives sont bonnes pour l’automobile. Je ne dirais pas nécessairement qu’elles le sont pour les véhicules électriques, puisqu'ils n’ont pas été mentionnés une seule fois. »

La « soupape de sécurité » pour l’Amérique du Nord

Lors de récentes discussions avec l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, Mme Raitt a soulevé que la principale préoccupation de l’administration américaine concernant l’automobile portait sur le Mexique. « Il m’a fait remarquer que nous considérons en fait le Canada comme une soupape de sécurité qui nous permettra de construire davantage de voitures si nous devons les fabriquer là. » 

Elle a poursuivi en faisant valoir que ce sentiment était renforcé par le haut degré d’intégration de la chaîne d’approvisionnement nord-américaine, où 80 à 85 % des composants des véhicules sont fabriqués en Amérique du Nord. Mme Raitt estime que le Canada est bien placé pour rester un partenaire essentiel.

Patience, recul et pragmatisme

Mahmood Nanji, titulaire de la chaire Power Corporation of Canada à l’Ivey, qui animait cette discussion informelle, a demandé si la stratégie automobile du gouvernement Carney était adaptée au Canada. Mme Raitt a répondu qu’il allait falloir faire preuve de « patience et de recul » au moment de sa mise en œuvre. « La qualité d’une stratégie dépend de sa mise en œuvre, et celle-ci peut être compromise par des difficultés imprévues. » 

S'appuyant sur son expérience passée en matière d'énergie nucléaire, elle a fait remarquer que les revirements soudains, motivés par des considérations politiques, tels que l'abandon des projets nucléaires après l'accident de Fukushima, s'avèrent souvent être des erreurs lorsqu'on les examine dans une perspective à long terme.

« Même si nous aimerions que la transition vers les véhicules électriques se fasse dès demain, il faut savoir tenir compte de la façon dont les choses évoluent dans notre société », a expliqué Mme Raitt. Si la transition vers les véhicules électriques reste un objectif, le secteur se heurte à des obstacles. Elle a suggéré que les décideurs politiques devaient faire preuve de souplesse plutôt que de s’en tenir à des objectifs à court terme qui risquent de ne pas tenir compte des réalités liées à l’adoption par les consommateurs et à l’état de préparation de la chaîne d’approvisionnement.

L’appel à la rapidité

Si Mme Raitt insiste sur la nécessité de faire preuve de patience et de recul vis-à-vis des objectifs, elle fait valoir que la survie économique du Canada dépend de la capacité à générer rapidement des recettes importantes. Ces recettes, note-t-elle, pourraient aider à surmonter d’éventuelles difficultés si les négociations avec les États-Unis ne se déroulaient pas comme prévu.

En complément de cette priorité accordée aux recettes immédiates, elle a souligné que la croissance économique à long terme doit également être inclusive et durable afin de répondre à la crise du pouvoir d’achat qui touche actuellement les Canadiens.

Mme Raitt a soutenu que le pays ne peut pas « se diversifier pour se passer des États-Unis dans notre économie », l’ampleur de l’intégration étant tout simplement trop profonde. Le Canada doit plutôt tirer parti de ses atouts naturels : la fourniture de ressources essentielles.

« Si nous voulons être un Canada fort, ce qui est notre objectif, nous devons agir plus rapidement et montrer des progrès dans la construction d’installations de GNL, d’oléoducs et de réseaux électriques capables d’alimenter les États-Unis », a souligné Mme Raitt. « Nous devons faire ce que nous faisons le mieux, c’est-à-dire fournir des ressources, puis essayer d’y apporter une valeur ajoutée en cours de route. »

Soulignant l’importance de la consultation des Autochtones dans la réalisation de grands projets, Mme Raitt a relevé le fait que les communautés autochtones, en particulier celles qui ont une expérience directe des grands projets, sont de plus en plus disposées à s’engager en tant que partenaires financiers, car cela offre des opportunités de revenus pour leurs communautés. 

Pour Mme Raitt, le frein n’est pas un manque de talents ou de ressources, mais un manque de sens de l’urgence. Elle a exhorté le gouvernement fédéral à « cesser de se mettre des bâtons dans les roues », affirmant que les fonctionnaires devaient être motivés à mettre fin à « la même vieille approche ». « L'enjeu est vraiment de passer à l'action pour faire avancer les choses. »

Crédit photo : Lawrence National Centre for Policy and Management

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